cohérence

Avez-vous déjà eu l’impression de vouloir quelque chose tout en sachant que vous n’arriverez jamais à faire ce qu’il faut pour l’avoir ? Etes-vous déjà resté dans une situation douloureuse parce que ne plus y être vous fait encore plus peur ? Avez-vous déjà eu l’impression de ne pas être cohérent ? Avez-vous déjà senti ce décalage entre ce que vous voulez et ce que vous pouvez faire, entre ce que vous êtes et ce que vous montrez, entre ce que vous ressentez et ce que vous vivez ? Pourquoi je ressens tout ça maintenant ? Pourquoi ? J’ai un toit sur la tête, j’ai la chance de faire des études, j’ai un corps qui fonctionne, j’ai la chance d’avoir une multitude de choses que certaines personnes n’auront malheureusement jamais. Alors pourquoi au fond de moi j’ai toujours envie de pleurer ?

J’ai découvert dans une de mes lectures une théorie qui a fait écho en moi. Pour faire simple, nous avons tous au moins 4 personnalités différentes. Une que nous montrons en public, une pour notre famille, une pour nos amis et une personnalité qui ne s’exprime seulement lorsqu’on est seul. Je me suis dit : « bordel, c’est tellement moi ». Ces personnalités peuvent avoir des différences très subtiles mais moi j’ai l’impression d’être habitée par 4 personnes complètement différentes. J’ai l’impression que ces facettes de moi ne sont pas cohérentes. Je sais que j’ai construit brique par brique ces masques mais j’ai l’impression d’être allée trop loin. Je n’arrive plus à enlever ce masque que je porte en société : un masque qui sourit constamment. Un masque qui dit « je vais bien et toi ? » alors que ce n’est pas vrai. Je me fais peur parfois. Je suis devenue tellement forte pour cacher ce que je ressens que je n’arrive plus à faire autrement même quand j’en ai envie.

Il y a cette part de moi qui j’en suis seul n’arrête pas de pleurer et qui a envie d’être aidée. Je n’ai jamais été habitué à me confier à quelqu’un. Ni mes parents, ni mon frère, ni mes amis. Je ne sais pas comment faire. Je sais que je déteste par-dessus tout avoir l’air vulnérable. Avoir l’air faible, ça me rend malade. L’avouer à quelqu’un, ça me donne l’impression de me passer une corde autour du cou. Mais d’un côté je ne demande que ça. Je ne demande qu’à enlever toutes ces souffrances de mes épaules. Je ne demande qu’une épaule sur qui pleurer. Je ne demande qu’un câlin pour me réconforter.  Mais je suis incapable d’émettre cette demande. Et ça me donne envie de me frapper. Pourquoi souffrir en silence me fait moins peur que d’en parler à un de mes proches ? Pourquoi cette souffrance est plus confortable que de montrer mes sentiments ?

Il y a donc en moi celle qui souffre constamment et celle qui ne supporte pas de montrer la moindre fragilité. Il y a aussi celle qui je pense être vraiment mais qui n’arrive pas à s’exprimer pleinement même avec ma famille et mes amis. J’ai peur d’être trop et pas assez. Trop bizarre, trop maladroite, trop envahissante, trop bavarde et pas assez marrante, pas assez intéressante, pas assez sociable, pas assez spontanée, pas assez authentique, pas assez méritante, pas assez pour mériter d’être aimée. J’ai beau savoir que ce n’est pas vrai, c’est quand même ce que je ressens. Il y a un monde entre savoir et sentir, entre savoir et faire, entre savoir et croire. Je le sais mais dans le fond je n’y crois pas.

Il y a cette facette de moi qui déborde d’amour. Qui a envie d’aider, qui a envie de faire pour les autres, qui a envie d’être là pour mes amis et mes proches. Cette facette ne connait aucune limite. Aucune. Quand elle aime, elle aime de façon inconditionnelle. Elle se dédie complètement aux autres et s’oublie la plupart du temps. C’est plus simple de contribuer au bonheur des autres plutôt qu’au sien. Elle a envie, elle aimerait, elle a besoin mais elle fera, elle donnera, elle se dédiera pour les autres. Elle effacera ses émotions de son visage pour demander aux autres comment ils vont. Elle mettra sa douleur de côté pour éponger celle des autres. Elle en captera la moindre essence pour rendre ses proches et amis moins lourds de souffrance. Elle donnera tout, sang et sueur pour les autres.

C’est comme si toutes ces facettes de mon être étaient assises en cercle dans une grande pièce noire, attendant chacune leur tour pour s’exprimer. Je les regarde et je vois bien qu’elles ne se comprennent pas, elles ne s’entendent pas, elles ne savent pas quoi se dire, elles ne savent pas comment s’entendre, elles ne savent pas être ensemble. Ensemble elles ne sont pas cohérentes. L’une veut être acceptée, l’autre veut disparaître, l’une veut aimer, l’autre être aimée. Mais il y a cette petite âme au fond de la pièce dans le noir. Une âme recroquevillée sur elle-même, sanglotant silencieusement. C’est moi enfant.

C’était une enfant qui a rejeté très tôt la moindre marque d’affection qu’on lui donnait. Une enfant qui ne voulait pas être touché, qui ne voulez pas dire je t’aime, qui voulait juste disparaître. C’est une enfant qui a ensuite regretté amèrement ce qu’elle a souhaité. C’est aujourd’hui une enfant qui tuerait pour le moindre contact physique. Elle a envie de sentir la chaleur humaine. Elle a besoin qu’on lui rappelle qu’elle est réelle, qu’elle n’est pas invisible, qu’elle a le droit d’être aimée. C’est une enfant qui n’a jamais dit à sa mère qu’elle l’aimait. C’est une enfant qui ne pourra plus jamais le lui dire. C’est une enfant qui a perdu sa mère, ses repères, ses grands-pères, bientôt sa chienne adorée, bientôt d’autres membres de sa famille. C’est une enfant qui voit son monde mourir. C’est une enfant à qui la mort et la solitude ont pris la main. C’est une enfant qui n’arrive pas à s’échapper de leur grands bras livides et froids. C’est une enfant qui a peur d’aimer parce qu’aimer c’est accepter de souffrir. C’est une enfant qui a peur de l’abandon, du jugement, des reproches, de ce qu’on pense d’elle. C’est une enfant qu’on a oubliée dans un placard sombre et qui a peur de ne plus jamais revoir la lumière.

C’est aussi une enfant qui a peur de faire confiance. Qui a peur de se dévoiler, de peur d’être blessée. Qui a peur d’être oubliée. Qui a peur d’être seule pour toujours. Qui a peur de ne pas être assez bien pour les personnes qui partage sa vie. Est-ce que ça vous est déjà arrivé de rencontrer des personnes incroyables, des personnes en or, d’en être plus que reconnaissant puis de vous dire que peut-être vous n’êtes pas assez bien pour être avec eux ? Que peut-être ils seraient mieux sans vous ? Que peut-être vous faites tâche au milieu de temps de perfection ? C’est ce que cette enfant ressent.

Il y a aussi une autre part de moi que j’essaie de faire taire. Une personnalité toujours dans l’excès. Elle crie, elle hurle, elle veut faire souffrir, elle veut se venger, elle veut faire mal. Elle veut que ses besoins soient satisfaits. Quand on la blesse, elle veut frapper. Quand on l’énerve, elle veut exploser la moindre chose autour d’elle. Elle voudrait coucher avec n’importe qui, juste pour assouvir ses pulsions. Elle voudrait pouvoir profiter des mecs, de l’alcool, de sa liberté. Mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Alors on la bâillonne. On l’enferme. On la force à se taire. On la force à se cacher. Mais ses besoins et pulsions rayonnent sur nous toutes. Elle est comme un lion en cage dont les rugissements font trembler chaque facette de mon être. Elle nous fait peur, elle crée en nous des besoins inassouvis. Elle crée en nous de la souffrance physique, en plus de celle psychique.

Tout ça c’est moi. Tout ça n’est pas cohérent. Mais au moins je le sais. Je continuerai de chanter des chansons tristes pour exorciser mes sentiments. De chanter pour exprimer mon deuil. Chanter ma tristesse puisqu’elle ne sort que sous cette forme. J’attendrai pour que ça aille mieux. Peut-être que j’arriverai un jour à accepter les mains qu’on me tend. Peut-être qu’un jour j’arrêterai d’avoir peur de tout.

 

Peut-être qu’un jour j’arrêterai d’avoir peur de moi…

 

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Écris par Emma
J'ai 22 ans, je suis en Master Nutrition & Alimentation à Dijon et je suis aussi passionnée par le bien-être, les tatouages, le patinage artistique, la photographie, le sport et pleins d'autres choses ! Plus touche à tout que moi, tu meurs ! En tout cas bienvenue sur le blog ! ;)