Article en hommage à ma mère...

J’ai toujours été la première à pointer du doigt les filles qui étalaient leur vie privée à outrance sur les réseaux sociaux. Je me suis toujours gardée de trop vous en dire sur le blog par rapport à ma vie privée. Mais je ressens maintenant une profonde envie de partager ce que j’ai sur le cœur avec vous. Une envie d’écrire ce qui tourne en boucle dans ma tête, peut-être et surtout pour que ça s’arrête. Je m’en fiche d’être lu. Ce blog c’est une partie de moi et j’ai envie que cette partie de ma vie y soit. Ça fait une semaine pratiquement qu’il n’y a pas de nouveaux articles ici. Je vous avais dit sur les réseaux sociaux qu’un de mes proches avait de graves soucis de santé. Une jolie périphrase voulant tout simplement dire que ma vie a changé du tout au tout en seulement 7 jours…

Quand Passé, Présent et Futur tombent ensemble

Elle était graphiste. Elle avait 49 ans. Elle aimait la musique. Elle aimait la danse. Elle donnait des cours bénévolement de danse moderne. Elle aimait jardiner. Elle aimait peindre et dessiner. Elle aimait lire sur son ordinateur. Elle aimait avoir une maison toute propre. Elle aimait la photographie. Elle maniait avec souplesse Photoshop. Elle parlait couramment le CSS et le PHP. Elle était mariée depuis plus de 20 ans. Elle chantait faux, un casque sur la tête. Elle n’aimait pas cuisiner mais elle aimait bien manger. Elle hurlait sur ce cheval qui mangeait constamment ses rosiers. Elle avait peur des souris. Elle avait des chats pour manger les souris. Elle pleurait devant les films lorsqu’un enfant sauvait un petit chiot de la mort. Elle admirait les personnes passionnées. Elle partageait tous ces coups de cœur. Elle n’avait pas beaucoup de mémoire. Elle radotait souvent. On pouvait lui répéter 5 fois la même blague en étant sûr de la faire rire. Elle disait « Oh Oh » lorsqu’elle n’était pas contente. Elle riait fort lorsqu’elle était heureuse.

Mais elle faisait de l’apnée du sommeil. Mais elle faisait des crises d’épilepsie. Mais elle a fait un arrêt cardiaque. Mais elle est restée 20 minutes sans oxygène.

Elle est dans le coma. Elle est dans le coma depuis plus de 7 jours. Elle a un œdème dans le cerveau. Ses neurones en absence d’oxygène ont dégénéré. Elle est vivante. Elle respire. Elle bouge parfois. Mais son cerveau s’est éteint. Elle dort en paix avec en fond sonore ces bips répétitifs. Elle est entourée de personnes qui regardent dans le vide, qui la regardent elle, qui lui tiennent la main. Elle est entourée de personnes qui pleurent, qui ne parlent pas, qui restent désœuvrées, qui l’aiment plus que tout. Elle est entourée de personnes obligées d’accepter le verdict des médecins. Elle ne se réveillera jamais. Elle est en mort cérébrale. Elle a une encéphalite post-hypoxie.

C’était ma mère. Celle de mon frère. L’épouse de mon père. La sœur de mes tantes. La fille de ma grand-mère. C’était une amie, une battante, une force de la nature.

Elle ne finira jamais le magazine qu’elle avait créé de toutes pièces sur le mariage. Elle n’aura jamais la joie de voir son magazine dans les kiosques. Elle ne nous rappellera plus de nettoyer la table à la fin des repas. Elle ne dira plus qu’on est « zinzin » de dormir jusqu’à midi. Elle ne sera plus là pour ouvrir mes colis pour le blog. Elle ne criera plus sur son beau-fils. Elle ne saura pas si je deviendrai vétérinaire, blogueuse professionnelle ou biologiste. Elle ne verra jamais mes enfants. Elle ne pourra plus aller au bout de ses rêves. Elle ne sera plus là pour me dire que je mange trop. Elle ne sera plus là pour me dire qu’elle voulait me voler mes cheveux. Elle ne me demandera plus quoi mettre sur ses mains pour les hydrater. Elle ne réalisera plus de shooting photo. Elle ne choisira plus de superbes robes de mariées pour ses shootings. Elle ne sera plus là…

Mes journées sont rythmées par ce genre de pensées. A chaque chose que j’entreprends, je me dis qu’elle ne sera plus là pour le voir. Ça m’en coupe l’appétit. Les pleures ont finis par se tarir et laisser place à une enveloppe corporelle sans envies, sans réelle joie, sans haine, sans rage mais juste emplie d’une muette tristesse.  J’accepte. J’accepte le fait qu’elle soit partie. C’est juste tellement irréel. C’est tellement bizarre de voir que ce que l’on croyait immortel ne l’était pas du tout. Irréel de voir que ça nous est tombé sur la tête un matin à 7h, comme ça, sans prévenir. Irréel de voir que cette journée était, en fait, la dernière. La dernière journée à 4 dans la famille. J’accepte son départ mais c’est bien plus dure de supporter la tristesse que ça a semée autour de notre famille. C’est bien plus dure mentalement de voir la tristesse qui a germé dans le cœur de mon père…

Mais elle était heureuse.

Heureuse de m’avoir vu gagner les Golden Blog Awards. Heureuse de voir que j’avais construit quelque chose de concret avec mon blog. Heureuse d’avoir une famille avec un mari qui l’aimait et des enfants qui aimaient l’embêter. Heureuse de construire un magazine unique sur le mariage. Heureuse d’avoir pu faire un shooting photo dans un aéroport, dans de sublimes châteaux, de travailler avec des personnes passionnées et généreuses. Heureuse d’avoir une jolie maison à la campagne. Heureuse d’avoir un immense jardin dont elle prenait soin. Heureuse de s’y balader le matin, un café à la main. Heureuse d’avoir une famille qui l’aimait plus que tout. Heureuse. Heureuse…

J’ai encore un peu l’impression que c’est une ridicule blague. Mais pour l’instant, je me réveille chaque matin en oubliant l’espace d’une seconde qu’elle n’est plus là… Qu’elle est morte aujourd’hui…

A cause de ses 20 putains de longues minutes sans oxygènes…

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Écris par Emma
J'ai 22 ans, je suis en Master Nutrition & Alimentation à Dijon et je suis aussi passionnée par le bien-être, les tatouages, le patinage artistique, la photographie, le sport et pleins d'autres choses ! Plus touche à tout que moi, tu meurs ! En tout cas bienvenue sur le blog ! ;)